Ville de Romainville
Astrid Aulanier
Quelle est votre structure ?
Je travaille pour la ville de Romainville et plus précisément pour la Direction transition alimentaire et agriculture urbaine. L’objectif de cette Direction est d'essayer de travailler la question de l'alimentation de manière systémique, autant au niveau des enjeux alimentaires que des enjeux agricoles, bien que l’on soit en ville. Nous n’avons pas du tout l'enjeu de mettre en place une souveraineté alimentaire à Romainville mais plutôt celui d'essayer de créer des synergies entre les politiques publiques agricoles et alimentaires. Cet objectif de la Direction s'établit avec différents lieux, notamment la Cité Maraîchère, une ferme urbaine qui nous permet de produire plus de 4,5 tonnes de légumes et de champignons par an avec un de ses sites hors les murs. Ce site, c’est le potager Casse’Dalle, un jardin nourricier récupéré sur une ancienne friche municipale en 2022. L’enjeu c'est justement que cette production soit vendue à tarifs sociaux lors d'un marché qui est organisé à la Cité Maraîchère une fois par semaine. Et nous avons d’autres sites hors-les-murs qui permettent la mise à disposition de nature pour des jardins nourriciers pour les habitantes et les habitants : les Potagers de la Corniche (1,4 hectares de jardins ouvriers) et le Quartier Fertile de Gagarine avec un verger et des potagers récréatifs et productifs depuis 2025. Depuis septembre, nous avons également une cuisine collective semi-professionnelle, l’Atelier Gourmand qui est un lieu pour où sont proposés des ateliers d’éducation populaire, cuisiner ensemble avec les habitantes et les habitants, et permettre à des chef.fes de se tester avant de lancer leur entreprise.
Quelle est votre action ?
En termes d'action, il y a tout un enjeu autour de la production agricole, même si on sait que ça ne va pas suffire pour nourrir tout le monde, nous souhaitons produire pour pouvoir ensuite vendre à des tarifs accessibles aux habitantes et aux habitants. Il y a aussi tout un enjeu autour de la sensibilisation et de l’éducation populaire, pour faire avec les personnes et qu’elles puissent s'approprier l'espace et les réflexions autour des ateliers d’animation qui sont donnés à tous les écoliers de Romainville. Et il y a aussi toute la partie avec la mise à disposition d'espaces nourriciers pour les habitantes et les habitants. Ensuite, il y a toute la programmation « éco-culturelle » autour des enjeux de l'alimentation. C’est dans ce cadre qu'il y avait le Festival des transitions gourmandes Plats et résistances d’ici et d’ailleurs en septembre dernier avec la volonté de mettre en musique nos actions, de permettre de croiser les regards et de permettre aussi aux personnes de profiter des différents lieux.
C’est une dynamique qui se « poursuit » depuis la création de la Cité Maraîchère en 2020. Et là on entre dans une seconde phase avec la sortie du diagnostic alimentaire de Romainville « Vers un droit à l’alimentation » et le lancement des Assises de l'alimentation où l'enjeu va être pendant deux ans d'embarquer les habitants et les habitantes, de sensibiliser, de créer des réseaux autour des enjeux d'accès à l'alimentation, de droit à l'alimentation, des systèmes alimentaires. Il y aura quatre axes :
- proposer une programmation sur les enjeux de l'accès à l'alimentation de faire de la sensibilisation aussi via cette programmation.
- Ensuite, il y a un enjeu autour de la gouvernance et autour de la démocratie alimentaire : comment fait-on avec les habitants et habitantes, comment on redonne aussi du pouvoir aux personnes concernées par la précarité alimentaire sur leur accès à l'alimentation ? Nous allons lancer en 2027 un comité citoyen de l'alimentation où les personnes pourront prendre part aux décisions.
- Il y a aussi tout un enjeu autour de la formation et de la montée en compétence : comment collectivement, que ce soit les services de la mairie, les associations locales, les partenaires, on monte en compétence sur les enjeux sanitaires, mais aussi d'accessibilité et de droit à l'alimentation ?
- Et enfin pour capitaliser sur tout cela, nous misons sur la recherche action : qu'est-ce que tout cela permet de créer comme synergie ?
Pour conclure, avec ces Assises de l’alimentation, le but, c’est d'atterrir sur un plan communal alimentaire à déployer à partir de 2029 avec les habitantes et les habitants qui seront engagés sur ces enjeux-là.
Ce qu'il faut retenir en quelques mots sur notre action : c'est d’essayer de traiter le sujet de l'alimentation de manière systémique et que c'est un levier pour nous en tout cas pour mettre en œuvre une transition qui soit socio-écologique, puisqu'elle permet d'une part de jouer sur les enjeux de démocratie, d'accessibilité, de résilience des systèmes alimentaires.
Quel est l'intérêt pour toi de l'agriculture urbaine quand on parle d'accessibilité alimentaire ?
Pour nous, l'agriculture urbaine n’a pas de sens si elle n’est pas liée aux enjeux d'accessibilité. Elle agit à différents niveaux : il y a d'abord celui de proposer une offre alimentaire dans des quartiers qui sont en situation de désert alimentaire. C'est le cas dans le quartier Marcel Cachin, là où se déroule le marché à tarification sociale. Pour nous c'est une opportunité d'avoir notre propre production et de créer un lieu qui soit accessible à tous et à tous au niveau du prix, mais aussi au niveau de sa situation géographique, en n’étant pas que dans un quartier favorisé où il y a déjà une offre.
Ensuite, cela permet aussi de créer des moments plutôt axés sur l'éducation populaire, en proposant des ateliers ouverts à toutes et à tous. Cela créé des moments partagés autour des enjeux d'agriculture afin de s’interroger ensemble : qu’est-ce qui nous manque ? Comment pourrait-on faire mieux en essayant de toucher aussi les personnes qui sont plus éloignées des réseaux de solidarité ou des centres-villes ? Parce que l'intérêt qu'on a avec les sites d’agriculture urbaine - on a la Cité Maraîchère, on a les potagers, on a le jardin et le verger Gagarine – c’est vraiment de faire de « l’aller vers » et d'exister dans un lieu, dans un quartier en étant le plus accessible et accueillant possibe.
C'est faire en sorte que ce soit aussi des espaces que peuvent s'approprier l'ensemble des habitants des habitantes et notamment ceux qui sont en situation de précarité. On a fait également un gros travail de co-construction, notamment à Gagarine avec les habitantes et les habitants pour ramener de la nature en ville en concertation avec elles et eux. Et c’est là où ça devient intéressant de créer des espaces nourriciers. Après on a de grands enjeux de pollution des sols. C'est dommage quand on fait de l'agriculture urbaine, mais on s'en sort en faisant de la culture hors sol.
Enfin nous sommes également très investis sur les enjeux d'interculturalité et comment l'alimentation, dans ce cas-là l'agriculture urbaine, peut permettre d’offrir un espace privilégié de rencontre et de dialogue entre les habitantes et les habitants et de faire vivre cette diversité grâce à l’alimentation. A notre sens, la diversité des pratiques, des habitudes alimentaires et des cultures constitue une véritable richesse et un patrimoine vivant pour Romainville.

