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JIFAU 2025 à Dakar : bilan des 4èmes Journées internationales francophones des agricultures urbaines


Du 24 au 28 novembre 2025, l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) à Dakar a accueilli les 4èmes Journées Internationales Francophones des Agricultures Urbaines (JIFAU), co-organisées par la Chaire “Agricultures Urbaines, services écosystémiques et alimentation des villes” (Fondation AgroParisTech), le Centre de Recherches en Agricultures Urbaines de l’Université de Liège–Gembloux, quatre universités sénégalaises (UCAD, Alioune Diop de Bambey, Ziguinchor, Sine Saloum) et le think-tank IPAR. L'objectif était de faire dialoguer recherche, institutions et acteurs de terrain autour des défis et innovations de l’agriculture urbaine et périurbaine en Afrique (et au-delà).



Chiffres clés


- 38 chercheurs issus de 11 pays (dont 9 pays d’Afrique subsaharienne)

- 10 membres d’institutions/ONG sénégalaises impliqués dans les échanges

- En salle : 51 participants sur place + 25 à 30 en visioconférence selon les sessions

- Visites de terrain : 42 puis 45 participants sur deux journées


Une semaine rythmée entre science, terrain et dialogue avec les bailleurs


Le programme a combiné des sessions académiques structurées en 5 sessions thématiques avec une table ronde  et 2 jours de visites de sites d’agriculture urbaine et périurbaine autour de Dakar. Une demi-journée d’échanges a eu lieu avec bailleurs, institutions et organisations professionnelles et enfin une demi-journée interne s'est déroulée pour décider des suites : valorisation scientifique, élargissement du conseil scientifique et perspectives 2027.

L’ouverture a rappelé l’ancrage historique des recherches sur l’agriculture urbaine à l’UCAD, engagé depuis la fin du siècle dernier, et l’importance du sujet dans les politiques urbaines et territoriales.


Les grands thèmes scientifiques abordés

Les échanges ont mis en lumière un constat partagé entre pays, malgré la diversité des contextes.


Le foncier : le verrou n°1

Dans la plupart des villes, la pression foncière fragilise l’agriculture urbaine et périurbaine. Les participants ont souligné la nécessité :

- d’améliorer les données (cartographie dynamique, images satellitaires) et les compétences associées ;

- de comprendre les contournements (ou limites) des plans d’urbanisme quand ils existent ;

- de construire une gouvernance multi-acteurs (ville–périurbain–rural) et un plaidoyer robuste pour démontrer les bénéfices de ces agricultures.


Ressources et circularité : eau, sols, biodéchets

La gestion des ressources (eau, sols, déchets organiques) a été discutée sous l’angle de la circularité : recycler et valoriser localement des flux urbains pour réduire les impacts environnementaux. Mais cette trajectoire demande :

- des protocoles standardisés pour mesurer les flux et leur qualité ;

- des garanties sanitaires sur les ressources recyclées ;

- des solutions adaptées low-tech / low-cost (bioponie, aquaponie…) selon les contextes.


Résilience environnementale : besoin de preuves chiffrées

Les JIFAU ont insisté sur un manque récurrent : peu de données quantifiées pour prouver et comparer les effets des agricultures urbaines sur :

- la régulation thermique et le microclimat,

- la gestion de l’eau (y compris inondations),

- la qualité et la santé des sols,

- la biodiversité (faune, flore, insectes, vie des sols),

- la gestion des déchets et des eaux usées.


La transition agroécologique apparaît comme un levier central, mais freinée par le manque d’encadrement technique, l’usage fréquent de pesticides mal maîtrisés et la question des prix (qui conditionnent l’adoption des pratiques).


Rôle socio-économique : emplois, chaînes de valeur, tensions

L’agriculture urbaine contribue fortement à l’approvisionnement de proximité en produits frais via des circuits souvent artisanaux. En parallèle, dans certains pays, une grande distribution monte en puissance et tente de structurer des réseaux de fournisseurs locaux, avec un enjeu : éviter la captation de valeur au détriment des producteurs. Les discussions ont aussi souligné l’importance d’une gouvernance “juste” des chaînes de valeur et le rôle crucial des femmes et des jeunes.



Ce que le terrain a montré autour de Dakar


Les visites ont rendu très concrètes les tensions et les innovations :

- élevage périurbain de moutons Ladoum (race très prisée) ;

- sites maraîchers historiques soumis à une forte urbanisation (Grande Niaye de Pikine, Lendeng–Rufisque) mais portés par des collectifs de producteurs dynamiques ;

- une ferme de plants de cocotiers à Rufisque ;

- un jardin communautaire intra-urbain animé par une association de femmes, avec un petit dispositif hydroponique ;

- la décharge de M’beubeuss, révélatrice des enjeux déchets–recyclage–ville : récupérateurs, nouvelles infrastructures de traitement des plastiques, et transformations récentes du site.


Dialogue avec bailleurs et organisations


La rencontre avec les bailleurs et acteurs locaux a fait ressortir :

- l’intérêt de projets de cantines scolaires approvisionnées par une agriculture de proximité ;

- l’ampleur des difficultés d’accès et de préservation du foncier agricole ;

- les tensions sur les ressources maritimes, notamment pour les associations de femmes transformatrices de poisson, face à la pêche industrielle ;

- une orientation croissante des projets (FAO et coopérations) vers femmes et jeunes, avec l’agroécologie et, côté mer, le retour possible à une pêche durable (si des régulations sont adoptées) comme alternatives à des trajectoires de précarité et de migrations risquées.



Et maintenant ?


La valorisation scientifique va prendre plusieurs formes :

- La rédaction d’Actes du colloque, avec l’écriture d’articles par session et de résumés de table rondes et des questions posées, mais aussi la rédaction de fiches par visite réalisée. Nous nous sommes organisés pour que ces Actes puissent être publiés (avec référencement HAL) idéalement d'ici fin juin 2026 ;

- la mise à disposition dans les semaines et mois qui viennent de vidéos des présentations et enregistrement des sessions pour la communauté scientifique et éducative.


Et l'organisation des prochaines JIFAU se profile déjà dans un autre pays !







 
 
 

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Crédit : Chaire Agricultures Urbaines 2024

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